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Quelques effets insolites de la crise économique

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Written by Tiffany Castlebay   
Thursday, 04 June 2009 19:00

La récession n'aurait pas seulement un impact sur nos portefeuilles. Nos habitudes de vie ainsi que nos comportements en seraient aussi affectés. De nombreuses études ont démontré que les effets d'un ralentissement économique ont des répercussions qui vont au-delà des finances personnelles. Voilà que certaines personnes se mettraient à acheter plus de préservatifs et de maquillage, retourneraient aux études, se rueraient vers les cinémas, engouffreraient davantage de sucreries, déserteraient les bars de danseuses, seraient davantage portées à battre leur conjoint et modifieraient leurs critères de beauté: un petit tour d'horizon des conséquences pour le moins insolites de la crise.politics2

Des playmates plus maternelles

Les ralentissements économiques rendraient les modèles de Playboy plus maternelles. Elles seraient légèrement plus âgées, plus grandes et auraient des courbes plus généreuses. Voilà ce que révèle l'étude d'un psychologue américain qui a analysé les playmates du célèbre magazine entre les années 1960 et 2000. « Lors d'une crise économique, l'âge moyen des playmates augmente d'un à trois ans », explique Terry Pettijohn, l'auteur de l'étude parue dans le Personality and Social Psychology Bulletin[1]. « Ça évoque davantage l'idée de maternité. Les hommes ont moins envie de risque et de jeunes femmes avec lesquelles ils n'auront pas d'enfants, quand ils craignent pour leurs revenus et leur emploi. ». Explication qui a du sens : quand les temps sont difficiles, les hommes ont tendance à rêver de compagnes plus rassurantes qu'excitantes, qui pourraient les épauler en cas de crise, et non siphonner leurs avoirs ou dilapider leur fortune.  Preuve que le modèle tient toujours, les playmates de 2009 seraient moins jeunes qu'en 2008 et 2007. En effet, en 2009, elles ont en moyenne 25 ans, tandis qu'en 2008 et 2007, la moitié d'entre elles avaient moins de 22 ans.

Peine capitale en perte de vitesse

Plusieurs États américains pourraient emboîter le pas au New Jersey, qui a aboli la peine capitale en 2007. Et pas seulement pour des raisons éthiques ou juridiques, mais bien pour des raisons financières. En effet, la peine capitale coûte cher. Au Maryland, The Urban Institute a évalué en 2008 que les 56 condamnations à la peine de mort recensées entre 1978 et 1999 ont coûté près de 186 millions à l'État:  argent dépensé en majeure partie en frais de procès et d'avocats. Raison de plus pour que nos voisins américains comprennent enfin que la peine capitale est une pratique complètement dépassée!

Rage de la récessionpolitics4

Drames conjugaux, suicides et tueries seraient plus fréquents en période d'instabilité économique. Des criminologues et des sociologues ont en effet tracé dans les médias américains un lien entre la crise économique et la multiplication des crimes violents. Le quotidien britannique The Guardian est allé jusqu'à qualifier le phénomène de « rage de la récession ». [2] Selon Irvin Waller, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa spécialisé dans l'étude des liens entre les taux de criminalité et la situation économique, cette conclusion n'est pas exagérée. « Il y a une forte corrélation entre la criminalité et le cycle des affaires. »[3] Le professeur prévoit même que les prochaines statistiques sur la violence domestique, les suicides, les crimes violents et le nombre de vols commis aux États-Unis et au Canada seront à la hausse, comme elles l'ont été pendant le dernier ralentissement économique. En période de récession, les gens perdent confiance en leur avenir. Ils sont alors plus susceptibles de développer des idées noires et des problèmes de jeu compulsif, de consommation de drogues ou d'alcool, et de stress. Résultat : une plus grande probabilité de commettre un acte de violence, contre autrui ou contre soi-même.

Cinéphiles avertis

Les gens iraient plus souvent au cinéma en période de crise économique. Pendant le premier trimestre de 2009, les salles de cinéma nord-américaines ont connu leur plus forte augmentation de fréquentation depuis 10 ans. Selon plusieurs observateurs, cet effet serait directement attribuable à la récession. Cette tendance est d'ailleurs récurrente en Amérique du Nord. En effet, au début de la récession des années 80, alors que le taux de chômage avait subitement franchi le cap du 10%, la fréquentation des salles de cinéma avait grimpé de 10%.  En 1985, lorsque la situation économique s'est stabilisée, la fréquentation des cinémas a chuté brusquement de 12%.[4] La situation serait à peu près la même en Europe.[5] Explication du phénomène : bien des gens, qui réduisent leurs dépenses reliées aux vacances, à la maison ou à la voiture en tant de crise, voient le cinéma comme une sortie abordable qui ne fait pas trop de mal au portefeuille et qui remonte le moral. Or, le consommateur y serait même gagnant, car il bénéficierait, contre toute attente, de meilleures productions cinématographiques en période de crise. En effet, Hollywood produirait de meilleurs films en période de récession. En raison de la réduction des budgets des maisons de production, moins de mauvais films trouveraient le chemin du grand écran.

Desperate husbands

Les effets de la crise économique pourraient être pour le moins inédits pour les hommes. En effet, ces derniers étant les plus touchés par les pertes d'emploi (aux États-Unis, les hommes représenteraient 82% des actifs touchés par une suppression d'emploi), ils seraient beaucoup plus nombreux à rester à la maison.  Les féministes salivent déjà à la perspective de voir davantage de femmes au travail et davantage d'hommes aux fourneaux.[6] Ces nouveaux hommes à la maison représentent une chance incroyable pour les femmes voulant les faire participer davantage aux tâches domestiques. L'excuse masculine classique de longues heures passées au bureau ne tiendrait plus la route. Reste à savoir si les femmes apprécieront de voir leurs hommes en tablier ou balais à la main, et ne préféreront pas l'image plus virile de l'homme sûr de lui, en complet-cravate, ou uniforme de travail, parti gagner le pain quotidien à la sueur de son front.

Hemline theory

La théorie qui porte le nom de hemline theory[7] (théorie de l'ourlet) se veut des plus sérieuses. Élaborée par l'économiste américain George Taylor dans les années 30, elle avance que la prospérité économique se mesurerait à la longueur des jupes. En effet, durant les années 20, époque faste, les jupes se portent au dessus du genou, ce qui est très court pour l'époque. Or, suite à la crise économique de 1929, les jupes prennent de la longueur et les jambes disparaissent sous de lourds tissus opaques. Depuis, cette théorie refait surface à chaque période de ralentissement économique. Durant la récession des années 70, les hippies portent la robe longue et s'éloigne de la minijupe des années 60. Au début des années 90, les robes courtes des stars des années 80 prennent quelques centimètres.[8] Cette théorie est si populaire que des publicitaires l'utilisent même pour vendre leurs produits. Shick Quattro for Women[9], une compagnie de rasoirs pour femmes, explique sur son site Internet que les femmes devraient porter leurs robes et jupes courtes (et par le fait même se raser les jambes à la perfection) pour contrer les effets de la crise. Et qu'en est-il de la mode d'aujourd'hui?  Les économistes qui n'ont pas su prévoir la crise auraient dû regarder les défilés printemps-été 2008 où les robes longues de façon années 70 ont pris le dessus.[10] Or, la crise ne devrait pas se prolonger indéfiniment si l'on jette un coup d'œil aux tendances annoncées pour 2010. Les robes courtes et minijupes sont de retour, à la grande satisfaction de nos portefeuilles.

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Sucre, gras et café instantané

La récession semble avoir la dent sucrée. En effet, alors que les taux de chômage augmentent un peu partout au pays, les Américains, particulièrement les adultes, consommeraient de plus en plus de bonbons. On les appelle les « gummy junkies ».[11] Plusieurs fabricants de sucreries rapportent des hausses de leurs ventes et des profits surprenant durant les derniers trimestres.politics10 Cadbury notamment a vu ses profits augmenter de 30% en 2008 alors que Nestlé a connu une hausse de 10,9%. Ces résultats illustrent bien le fait que les bonbons et autres douceurs sont des gâteries qui ne coûtent pas cher et que l'on peut s'offrir plus facilement lorsque les temps sont difficiles. Au Canada, la firme Nielsen[12] rapporte que les ventes de café instantané vendu à l'épicerie ont augmenté de 7% l'an dernier. La chaîne Starbucks a même annoncé en février dernier l'ajout de café instantané à sa gamme de boissons haut de gamme, qui devrait être disponible dans les Starbucks du monde entier avant la fin de 2009 et sur les tablettes d'épiceries d'ici 2010. Après avoir travaillé très fort pour se démarquer de ses compétiteurs avec un vocabulaire recherché forgé de noms italiens comme « venti » et « grande », Starbucks se tourne vers le café de tous les jours, en poudre et en sac. Récession oblige. En effet, il est assez facile de laisser tomber notre latte de soya ou notre macchiato caramel glacé quotidien pour un café en poudre à déguster à la maison lorsque nos finances sont serrées. Les restaurants de type fast-food serait également les grands gagnants de la crise économique actuelle. Les chiffres d'affaires de McDonald's, Burger King et Tim Hortons sont en croissance constante. En Angleterre, un des aliments en temps de récession semble être le traditionnel fish & chips. Les affaires des 9500 comptoirs de poisson frit déclinaient pourtant depuis les cinq dernières années, frappés durement par la vague santé qui déferle sur le monde de la restauration. La firme de recherche Mintel fait état d'une hausse des ventes de 3% en 2008 pour ce mets national britannique, qui est à la fois un aliment réconfort et une bonne affaire pour le budget familial.[13]

Tendances capillaires éclectiquespolitics9

La récession influence-t-elle les choix capillaires? Selon plusieurs stylistes, cela ne fait aucun doute. Cet hiver, l'expression « recession beard » a été utilisée pour décrire l'attrait du mannequin français Patrick Petitjean, dont la barbe fournie ornait le magazine masculin GQ.[14]L'explication est simple : lorsque les temps sont difficiles, mieux vaut montrer sa sagesse que sa jeunesse. Or, les femmes ne suivraient pas:  elles se montreraient beaucoup moins conservatrices. L'économiste britannique Susanna Sallstrom-Matthew, de l'Université Cambridge, a dévoilé à The Independent ses résultats préliminaires sur l'influence de l'économie sur la longueur des chevelures féminines.[15] Dans les périodes de prospérité, les coiffures sont paradoxalement plus conventionnelles, avec de longs cheveux lisses. Or, les temps plus difficiles au niveau économique poussent les femmes à faire davantage d'expériences avec différentes coiffures courtes éclectiques, pour compenser la réduction de leur budget d'achat de vêtements.

Alors, soyez sans crainte, si vous voyez vos voisins ou collègues de travail adopter des comportements bizarres ces derniers temps:  la crise économique en est l'unique responsable! Vous assisterez à un retour à la normale lorsque l'économie se sera stabilisée. Pendant ce temps, mieux vaut ne pas trop se poser de questions et essayer de tirer profit de la situation. Bien que pénible pour certains, la crise économique comporte une face cachée qui n'est pas nécessairement désagréable pour tous...Mieux vaut voir le bon côté des choses!



[1] Terry F. Pettijohn, "Playboy Playmate Curves: Changes in Facial and Body Feature Preferences Across Social and Economic Conditions", Personality and Social Psychology Bulletin, Vol. 30, No. 9, 1186-1197 (2004). En ligne à : http://psp.sagepub.com/cgi/content/abstract/30/9/1186

[2] Paul Lewis, "Britain faces summer of rage - police: Middle-class anger at economic crisis could erupt into violence on streets", The Guardian, Monday 23 February 2009. En ligne à : http://www.guardian.co.uk/uk/2009/feb/23/police-civil-unrest-recession

[3] Irvin Waller. En ligne à : http://en.wikipedia.org/wiki/Irvin_Waller

[4] Marc Cassivi, « La crise fait aussi des heureux », La Presse, samedi 11 avril 2009. En ligne à : http://moncinema.cyberpresse.ca/nouvelles-et-critiques/chroniqueurs/chronique/8079-La-crise-fait-aussi-des-heureux-.html

[5] Chris Irvine and Aislinn Simpson, "Brits turn to the cinema and tea room during economic gloom", The Daily Telegraph, 30 septembre 2008. En ligne à : http://www.telegraph.co.uk/finance/personalfinance/3103958/Brits-turn-to-the-cinema-and-tea-room-during-economic-gloom.html et Paule Gonzalez, « Le cinéma, remède anti-crise », Le Figaro, 24 février 2009. En ligne à : http://www.lefigaro.fr/medias/2009/02/24/04002-20090224ARTFIG00525-le-cinema-remede-anti-crise-.php

[6] Emily Bazelon, « Conséquence de la crise, les hommes seront davantage disponibles pour les corvées ménagères : Mais ils ne feront rien. », Slate.fr. 26 février 2009. En ligne à : http://www.slate.fr/story/homme-femme-m%C3%A9nage

[7] http://www.crossingwallstreet.com/archives/2006/04/the_hemline_the.html

[8] Zineb Dryef,  « Pour conjurer la crise, sortez vos minijupes », Rue89, 10 avril 2009, En ligne à : http://eco.rue89.com/2009/04/10/pour-conjurer-la-crise-sortez-vos-minijupes

[9] http://www.quattro4women.ca/

[10] http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/2435903/This-summers-look-share-plunge-hems.html

[11] http://www.nytimes.com/2009/03/24/nyregion/24candy.html

[12] http://www.acnielsen.ca/site/index.shtml

[13] http://www.mintel.com/press-release?oldid=147373

[14] http://iluwfashion.blogspot.com/2008/09/recession-beard.html

[15] "Hairstyles and finance: the long and short of it", The Independent, 29 juin 2008, En ligne à : http://www.independent.co.uk/life-style/fashion/news/hairstyles-and-finance-the-long-and-short-of-it-856585.html

Comments (1)Add Comment
0
mayasoun
November 24, 2009
Votes: +0
...

très bon article!!!! j'ai eu vrt bcp d plaisir à le lire bravo

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